Des repreneurs affreux, sales et méchants pour STX ?

Alors voilà, STX un groupe coréen en pleine crise financière, propriétaire des Chantiers de l’Atlantique, décide de mettre en vente ce fleuron français de la construction navale. Pas de repreneur autre que le groupe italien Fincantieri, constructeur des navires de croisières Costa. Et nous faisons la fine bouche, syndicats, banques et autres commentateurs… Un groupe coréen ce serait mieux qu’un groupe italien ? On va me répondre que « ça n’a rien à voir » (la phrase clef de tout changement du monde…). J’ai le souvenir des hurlements racistes en 1ère page du Figaro à l’époque quand Mr Mittal rachetait Arcelor !

Peut-on imaginer un monde immuable où rien ne changerait sauf éventuellement la techno et la technique (quand elle n’est pas accusée de polluer la planète ou de voler le travail des petites gens). Peut-on vraiment se poser la question de ce qu’est un monde « immuable »? … Au hasard, je dirais bien que cela s’appelle le Tiers Monde… J’exagère? Oui, évidemment. Un peu.

Faudrait-il aussi que je me joigne au coeur des vierges qui voudraient que le monde soit parfait ? Non. Pourquoi  ?

1/ parce qu’il ne l’est pas

2/ parce que tous ceux qui ont annoncé un monde parfait ont toujours construit un monde terrifiant, à la main des puissants du moment. Alors oui, tant mieux si un industriel italien est prêt à racheter à un industriel coréen une entreprise française florissante ! J’aurais préféré un français ? Evidemment, mais il n’y en a pas.

Serait-il indispensable que l’Etat augmente sa part pour que « ça » reste français? Mais « ça » ne l’est pas aujourd’hui et c’est grâce à des coréens que cette entreprise n’est pas morte ! L’Etat avait certes conservé une « minorité de blocage » (33%), alors oui, il peut bloquer. Est-ce l’intérêt des travailleurs des Chantiers de l’Atlantique qui ont devant eux un carnet de commandes plein jusqu’en 2025 ? Eh bien je crois que non, sauf si l’on pense que les italiens sont idiots. Ajustements, répartition, oui. Pillage? Non.

De plus, je pense qu’il serait bon d’être enfin un peu rationnel en matière économique : on ne peut pas avoir des groupes nationaux présents à l’international comme Total, Carrefour ou EDF, propriétaires de tout un tas d’activités partout dans le monde (ce qui amène du PIB en France et du travail pour tout un tas de français), … et hurler au loup et à la trahison quand des Italiens (des européens, donc, qui n’ont jamais fait défaut à l’Europe, et qui ont beaucoup d’entreprises et des PME industrielles remarquables),  veulent investir en France !

Ce discours à la limite du racisme est irresponsable. Il me fait penser à ceux qui claquaient mal leur bec quand Mr Lakshmi Mittal rachetait la sidérurgie française ou Mr Rattan Tatta également indien rachetait Jaguar et Land Rover à Ford. Au même moment, nos « élites » de la haute administration ou de la finance ou des médias n’avaient rien vu venir ni pour Arcelor ni pour Alsthom ni pour les mines françaises d’Amérique du Sud et d’ailleurs… au motif que l’avenir était dans la technologie et l’immatériel. Quel aveuglement ! Le monde change et nous avons du mal à changer. Comme disait l’autre*… « La maison brûle et nous regardons ailleurs »….

Je pense donc, surtout en ce moment difficile, aux gens qui travaillent pour ou dans le groupe VIVARTE (chaussures André, boutiques La Halle, Kookai, etc). Et je trouve autrement plus choquante l’arrogance des patrons français (6 en 5 ans, et 1,3 Md de dettes!) qui n’ont en rien prévenu ou alerté leurs franchisés et salariés…. que le fait qu’un tel groupe commercial se restructure (et ce même si j’ai l’impression qu’aucun d’entres eux n’a géré la transformation numérique du monde). Mais… doit-on pour autant demander une intervention massive de l’Etat ? Que dirions-nous si les brésiliens décidaient de nationaliser Engie au Brésil ou si les chinois nationalisaient Orange en Chine?

Le repli sur soi, la tentation du repli, ont et auront  des conséquences ailleurs dans le monde … et nous sommes plus dépendants du « reste du monde » que nous n’avons tendance à le penser ! Ce qui donne à la France une image d’arrogance… que pourtant les travailleurs français ne méritent pas. Ni le peuple français. C’est peut-être cette nouvelle « dialectique » qu’il faut que notre pays accepte de construire pour le prochain mandat.

* Jacques Chirac à Johannesburg.

Photo : DR STX