Vous reprendrez bien encore un peu d’Europe ?

L’Europe, l’Europe, l’Europe : ni un cabri ni un totem, mais une puissance à affirmer qui doit s’imposer.

Aujourd’hui ce sont les 60 ans du Traité de Rome. Qui cela intéresse-t-il en France en ce moment ? Pas grand monde, semble-t’il. Pourtant, au moment du Brexit et du 1er échec de Trump, célébrer la première signature d’un accord de coopération économique et politique sur un continent moult fois ravagé par des guerres cruelles et assassines … est…une bonne nouvelle. L’Europe c’est quoi ? D’abord une affaire de paix entre des Nations, pour les protéger des envies guerrières des puissants. A l’époque, France, Allemagne, Italie, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas. C’était en 1957.

Douze ans à peine après la fin d’une guerre mondiale effrayante qui avait fait des millions et des millions de morts. Il fallait une sacrée force morale aux hommes politiques de l’époque pour vouloir aller sur ce chemin-là : coopérer, partager, s’épauler, … , pour être mieux, et aujourd’hui nous vivons mieux qu’il y a 60 ans. Qui peut dire le contraire ? Vivrions-nous mieux si nous étions restés tout seuls, dans nos jolies frontières nationales ? Je suis certaine que non. Pourquoi ? Parce que d’autres pays auraient avancer plus vite, plus loin et que nous nous serions épuisés à ne pas nous aimer nous-mêmes. Avoir été « ensemble » nous a permis d’assumer ensemble les coûts de la modernisation de nos pays en même temps que les conséquences des décolonisations qui s’enclenchaient et ont abouti aux indépendances. La richesse que nous tirions de l’exploitation des colonies… s’est tarie et, pendant les « Trente Glorieuses », le partage des coûts d’investissements économiques et de la montée du niveau de vie des citoyens a pu se réaliser notamment par ce parti-pris européen: dans un marché plus vaste dont on partage tant les règles que les avantages, on va plus loin, on est plus fort.

C’est bien ce qui s’est passé. Tant que les pères fondateurs veillaient… eux qui pas-à-pas avaient fait entrer dans la CEE la Grande-Bretagne, l’Irlande, le Danemark, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, puis la Suède, la Finlande, l’Autriche, et enfin les ex-pays de l’Est, un à un. Tandis que la réunification de l’Allemagne s’opérait et que Berlin devenait capitale au centre de l’Europe géographique (et non plus Bonn, sur notre Rhin commun), que la Yougoslavie s’effondrait (avec ses conflits ethnico-religieuses meurtriers), que la Méditerranée se compliquait autour de notre mer commune, d’autres grands traités sont nés : la PAC, la création de l’Euro, la zone de libre-circulation des biens et des personnes dite Zone-Schengen, les négociations transatlantiques de type TAFTA (mal parties et donc pas encore abouties) etc. etc. Nous pensons, nous pensions, avouons-le, que tout cela est bien normal…

Alors, comme souvent avec les hommes, les vieilles habitudes ont pris le dessus : les anglais ont exigé (et obtenu) leur « chèque » qui a signé la fin du principe même de solidarité (les pays riches financent le développement des plus pauvres dans un esprit économique vertueux du juste retour sur investissement à venir), les français ont laissé filer une inflation à 2 chiffres (VGE massivement…) et les capitaux privés sont partis ailleurs ou ont arrêté d’investir ici (sauf luxe, grande distribution, béton et eau), l’Italie a joué à saute-moutons entre son nord et son sud (mais reste puissante économiquement), la Belgique se divise en 3, et autour de la mer du Nord la rente pétrolière et gazière facilite beaucoup la vie de chacun. Dans ce monde de riches, l’arrivée des ex-pays de l’Est sera un électrochoc, et le dynamisme un tantinet échevelé de la péninsule ibérique posera quelques difficultés. Tandis que, mine de rien, les USA investissent massivement dans la zone de libre-échange qu’est devenue l’Europe, premier marché solvable du monde, … via l’Irlande (ce pays qui refuse d’encaisser les 13 Milliards d’Euros d’amendes -enfin- imposées par Bruxelles à Apple). Quant aux « ex-pays de l’est », ils sont bien variés et bien différents les uns des autres : entre une Pologne puissante, qui utilise beaucoup l’UE tout en ne la valorisant jamais, ou la Hongrie au discours xénophobe hallucinant, il y a aussi cette Bulgarie, consciente d’être à la charnière des mondes, entre Turquie, Russie et « Nous », inquiète mais positive, il y a la Roumanie (qui partage avec la Bulgarie, moitié moitié, la population dite « roms »), un pays avec lequel nous partageons aussi une culture d’Europe du Sud… et puis, aussi, tous ces pays des Balkans auxquels nous ne comprenons rien, … acceptons donc de revoir non pas la copie européenne mais la feuille de route à construire. L’Europe n’est ni une chance ni une rente: c’est un projet !

Alors non, la fin de l’Europe n’est pas à programmer et le retour des frontières n’est pas bienvenu ! Car sinon quoi ?

Alors oui, c’est clair, il faut un nouveau souffle à l’Europe :
– nous protéger plus et mieux, en matière économique ET en matière de sécurité, sans protectionnisme mais avec intelligence, en nous percevant politiquement et ensemble comme une « Grande puissance », à l’égale des USA, de la Chine, de la Russie, du Japon, et des pays émergents comme le Brésil ou l’Inde … dont nous avons peur, ce qui est idiot. Nous percevoir et nous affirmer comme tel : une puissance économique mondiale.
– investir dans des ambitions technologiques communes (le CERN en est une, mais à quand un grand calculateur européen, à quand l’affirmation d’une industrie de puissance, à quand un maillage d’infrastructures de circulation à bas coût carbone, à quand une visibilité énergétique commune, etc. ?
– se doter d’une administration européenne nombreuse et solide sur les grands enjeux de la planète et pour les hommes (dont sécurité et défense), plutôt que repliée sur la taille et la forme des pots de yaourts (ce qui relève de la responsabilité des entreprises industrielles et commerciales des entreprises…, pas des normes publiques, me semble-t’il…)!

Tout cela est d’autant plus nécessaire que l’ère du virtuel est là, socle de travail où Google est devenu un mot du dictionnaire…, sorte de norme indépassable du vocabulaire courant (je tu, il, te, me, nous… googlelisons à toute allure!). Mais si le monde est ouvert, il doit pouvoir être contrôlable !

Vivons-nous mieux en Europe qu’ailleurs dans le monde ? Oui. Sommes-nous plus heureux, certainement. Sommes-nous plus angoissés ? Sûrement. Il faut donc redonner du sens à l’Europe et remettre de l’équilibre dans tout cela.

L’Europe a accepté, déjà, d’être un espace aux règles variées (Chèque anglais, Euro, Schengen, etc). Dont acte. Peut-être faut-il en terminer avec l’acceptation des menus défauts de chacun qui, au fil des années et des tolérances, deviennent des poutres encombrantes pour tout le monde? Sans doute faut-il travailler à nouveau à solidifier pas-à-pas une Europe de puissance et de tolérance. Retour aux seuls états fondateurs ? Non, mais trouver un nouveau chemin, sans rejeter quiconque : si ce qui est fait a bien marché, il est temps de trouver de nouvelles voies pour, sans doute à quelques-uns, approfondir encore. La ZoneEuro, Schengen ont ouvert le champ des possibles… continuons.

La France a recommencé à créer des emplois et à maîtriser son déficit public, le pouvoir d’achat des français augmente à nouveau depuis 3 ans, les entreprises ont reconstitué leurs marges, et une nouvelle génération d’actifs prend le pouvoir dans les médias, les entreprises, la vie : une page se tourne, le travail a été fait, il faut continuer.

L’Europe nous attend et nous, français, avons une belle partition à jouer. Allons-y car, oserai-je dire, on nous espère.

Vive le Traité de Rome. Une sacrée aventure. A renouveler sans modération, sans pondération, sans compromission : avec vigueur, confiance, détermination et bonne humeur.